25 janvier 2010
Faute admise à demi pardonnée. Et inversement ?
Pardonner n’est pas un acte qui va de soi. Encore moins lorsque l’on est soi-même victime d’un acte condamnable, pas forcément par la justice, mais plutôt par la morale.
Petit retour sur une expérience personnelle dont je me serais bien passée…
Le pitch
J’ai été, il y a quelques années, la cible d’un mail injurieux, alors que j’étais présentatrice bénévole d’un petit festival de province. Je vivais là mon « quart d’heure de célébrité mondiale » promis par Andy Warhol (4 ans de suite finalement)… Piètre célébrité j’en conviens, mais qui m’a fait toucher du doigt les inconvénients qui en peuvent en découler.
Je reçois donc, à l’issue de mon avant-dernier festival, un mail d’un soi-disant spectateur déçu par mes prestations. Je vous dispense des termes précis, trop vulgaires pour figurer sur ces pages. L’auteur du mail en question avait jugé bon de l’adresser en copie aux organisateurs du festival et à l’Office de tourisme, alors présidé par mon père. Tiens, tiens, drôle de coïncidence…
Dans une telle situation, il y a deux attitudes possibles : soit on ne fait pas de cas de telles bassesses, on supprime le mail et on passe à autre chose ; soit on a envie de « gratter » un peu, parce qu’on a bien compris que le mail est bien moins anonyme qu’il en a l’air. Si j’avais opté pour le 1er choix (que me conseillait pourtant mon entourage), je n’aurais rien à vous raconter aujourd’hui…
L’enquête
Un mail n’est jamais complètement anonyme puisqu’il y a toujours moyen de remonter à sa source. Surtout quand il a été écrit depuis un ordinateur professionnel, donc déclaré par une entreprise, avec une adresse IP fixe. Bref, il a été simplissime de découvrir l’identité de ce « spectateur déçu ». Suite à l’enquête, l’entreprise propriétaire de l’ordinateur n’a d’ailleurs pas renouvelé le contrat de l’apprenti corbeau, ce qui n’a fait que confirmer les soupçons ou lever les éventuels derniers doutes.
Et là, vous vous dites légitimement que justice a été rendue et que l’affaire est close. Presque…
Il se trouve que l’auteur de cette missive injurieuse était le presque mari de ma co-présentatrice. Car nous étions deux à nous partager la tâche.
Là encore, deux options possibles : soit elle ignorait tout du méfait de son cher et tendre, soit elle était complice. Mais dans les 2 cas, je devais connaître la vérité. Contre toute attente, elle a choisi une 3ème voie : elle a nié les faits et tenté de démonter les preuves. Là, j’ai pensé à Pinocchio qui persistait à mentir même quand son nez s’allongeait. C’était presque ça, car on est entré dans une nouvelle dimension, qui n’avait néanmoins rien d’un conte pour enfants. Plutôt du genre règlement de comptes à OK Coral...
Chacun cherche son camp
Peu à peu, cette petite histoire a pris des proportions inouïes. Les proches de chacune ont dû choisir un camp : les uns outrés par les faits, les autres les réfutant avec véhémence. Et puis il y a toujours « le ventre mou », ceux qui sont trop lâches pour prendre parti et préfèrent compter les points sans se mouiller.
Les conversations sur ce que d’aucuns ont nommé « l’affaire des présentatrices » sont allées bon train dans les rues de cette petite ville de 3000 habitants. Pour une fois qu’il s’y passait quelque chose ! Car très vite ce n’était plus simplement deux filles qui s’affrontaient, mais deux familles, deux clans. Et je dois dire que le sien était plus soudé que le mien. Nous nous sommes efforcés de rester discrets dans l’attaque, tandis qu’ils ont étalé et savamment organisé leur défense.
Amusant de voir comme il est aisé de se faire passer pour victime même quand on ne l’est pas. C’est tellement plus facile de s’apitoyer sur une grande fille fragile et émotive, plutôt que sur la petite si sûre d’elle.
On m’a accusé de tant de maux que j’ai dû commettre quelques erreurs qui pourraient justifier le mobile. Avec le temps, j’en viens même à penser que certains de ses défenseurs (ou de mes détracteurs) la savaient coupable, mais ont cautionné son acte en se disant que je l’avais bien mérité.
La morale de l’histoire
Justice a été rendue et c’est bien ce qui importe : il a perdu son emploi, elle a perdu sa place de présentatrice.
Mais j’y ai malgré tout laissé quelques plumes et pas mal d’amertume. Et je sais bien que, malgré les preuves, dans la tête de bon nombre d’habitants de ma petite ville natale, le doute subsiste quant à savoir qui était la victime, qui était la coupable. Qu’il doit être difficile d’être juge !
Si elle avait admis, si elle s’était expliquée, sans doute aurais-je pu pardonner.
19:09 Publié dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







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